Le récit de Sarah
Sébastien et Sarah se voyaient de temps en temps depuis six mois, avant que Sarah ne commence à être malade. Au début, elle pensait avoir la grippe. Elle avait des maux de tête terribles, des brûlures aux yeux comme si elle avait eu la fièvre. Et à deux reprises, lorsqu'ils sont allés à un spectacle, elle a vomi après avoir pris une eau gazeuse.
Peu de temps après, elle refusait les invitations à sortir de Sébastien, prétextant qu'elle se sentait trop mal et qu'elle voulait tout simplement rentrer à la maison pour se coucher. Sébastien commençait à penser qu'elle voulait l'éviter. Personne ne pouvait avoir la « grippe » pendant si longtemps.
Lorsque Sarah a refusé d'accompagner Sébastien à la danse de l'Halloween, il s'est fâché. « Pourquoi me faire tout ce cirque? Si tu es malade, va chez le médecin et fais-toi soigner. Si tu n'es pas malade, viens à la danse ou on va tout simplement arrêter de se voir. »
« Je n'y peux rien, de dire Sarah. Je suis allée chez le médecin et elle n'arrive pas à voir pourquoi je suis malade. Mais je me sens vraiment mal. »
« Eh bien, qu'est-ce qui te pose tous ces problèmes-là? », de dire Sébastien.
« Je le sais pas. Tout ce que je sais, c'est que je me lève le matin et que je suis bien. Je vais à l'école, je me rends ensuite au travail, et quand je reviens à la maison pour le souper, j'ai la tête qui tourne et j'ai le goût de vomir. »
« Est-ce qu'il se passe quelque chose au travail? », lui demande Sébastien.
« J'en sais rien, de répondre Sarah. Il y a plein de produits chimiques dans le studio. Mais ça n'a pas d'importance de toute façon. Je dois avoir ce travail parce que j'ai besoin d'argent, pour l'école, pour toutes sortes de choses. »
« Mais si ces produits chimiques te rendaient malades? »
« J'ai quand même besoin de travailler. »
Après que Sarah fut rentrée chez elle ce soir-là, Sébastien décida de faire un peu de recherche. Il savait que Sarah travaillait dans un petit studio de photographie « minable » où on faisait toutes sortes d'impressions photographiques sophistiquées pour de grandes entreprises. Le propriétaire, selon Sarah, était un génie de la photographie et de l'imprimerie. Elle s'estimait très chanceuse d'avoir un emploi à temps partiel dans ce studio parce qu'elle voulait travailler dans le domaine de l'art commercial à temps plein une fois ses études terminées. En fait, elle s'estimait si chanceuse qu'elle acceptait de travailler pour seulement 3,50 $ de l'heure parce que Larry, son patron, lui avait dit qu'il n'était pas tenu de lui verser le salaire minimum parce qu'elle ne travaillait que 12 heures par semaine.
Sébastien est d'abord allé à la bibliothèque publique et a demandé à la bibliothécaire du service de référence de l'aider à trouver des ouvrages au sujet des produits chimiques utilisés pour l'impression et la photographie. Les ouvrages étaient vraiment techniques, mais avec ses connaissances en chimie de Secondaire IV, il s'est rendu compte que certains des produits chimiques pouvaient être dangereux si on en respirait pendant trop longtemps. Il s'est souvenu que dans la pièce où Sarah travaillait, il y a des bouteilles ouvertes de produits chimiques partout, pas de ventilation du tout, même pas de fenêtre.
Ensuite, il a demandé à la bibliothécaire où il pourrait trouver de l'information sur la sécurité et les autres normes d'emploi. Elle lui a donné une brochure intitulée Alberta Employment Standards Code et la Occupational Health and Safety Act de l'Alberta. Ensuite, elle lui a montré le texte même des lois, dans une série de reliures qui avaient l'air très lourdes.
Après avoir lu les brochures, Sébastien s'est dit que Sarah pouvait vraiment demander que les produits chimiques dangereux soient remisés dans l'atelier pour qu'elle n'ait pas à les respirer en concentration élevée. Et qu'elle devait obtenir le salaire minimum. Il a essayé de vérifier cela dans les lois elles-mêmes, mais les a trouvées difficiles à lire. Là encore, grâce aux brochures et aux titres des lois dont il s'est servi comme guides, il s'est dit qu'il avait probablement bien compris.
Le lendemain, il a fait part à Sarah de ce qu'il avait découvert. Après maintes discussions, il l'a convaincue de demander à son patron quelles mesures pouvaient être prises.
Ce soir-là, Sarah était furieuse contre Sébastien. Elle avait parlé à son patron et lui avait montré les documents que Sébastien avait obtenus pour elle. Le patron lui a dit qu'il n'avait pas le choix, qu'il dirigeait une petite entreprise et qu'il n'avait pas d'argent pour faire des rénovations ou pour lui donner une augmentation. En outre, si elle insistait pour obtenir un système de ventilation ou un salaire plus élevé, il allait tout simplement devoir trouver quelqu'un d'autre qui accepterait les conditions de travail.
C'est à ce moment-là que Sébastien a dit qu'ils devaient demander conseil.
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