Rescol canadien
Plan de leçon

Réfléchir à nos droits et libertés

La version de Rajiv

Pour Jacques, novembre semble toujours être le pire mois de l'année. Le plaisir des premiers jours après le retour à l'école s'est émoussé. Les examens de mi-semestre semaient la grogne chez tout le monde. Il fait froid et sombre, et la saison de ski n'est pas encore commencée.

Cette année, ce fut pire encore. Aux « bleus » de novembre s'ajouta la tension palpable dans toute l'école. Cela commença quand Hugues se mit à faire des blagues aux dépens des Pakistanais. Il se défendit d'entretenir des préjugés, expliquant qu'il voulait simplement rire un bon coup. Mais selon Rajiv, un des meilleurs amis de Jacques, Hugues était un raciste.

Les élèves se divisèrent en groupes, d'un côté les jeunes arabes et indiens, de l'autre Hugues et les élèves blancs.

Puis, un jeudi après-midi, une bagarre éclata.

Hugues venait de raconter une autre de ses blagues, et Rajiv s'est fâché. Quand Hugues l'a traité d'« espèce de tête de guenille », Rajiv lui a sauté dessus et lui a asséné trois solides coups de poing avant que les enseignants ne puissent séparer les deux jeunes gens.

Hugues et Rajiv furent tous les deux suspendus pour trois jours. Les choses auraient pu en rester là, mais le père de Hugues s'en fut voir la directrice et lui dit craindre pour la vie de son fils car Rajiv, un sikh, portait le kirpan, le sabre courbé qui fait partie de la tenue des sikhs.

La directrice estime qu'il faut mettre fin au climat de tension qui règne dans l'établissement. Elle sait que la Loi sur l'instruction publique de la province l'oblige à faire respecter l'ordre et la discipline dans l'école. Pour réduire la tension, elle a fait fouiller les casiers, car elle soupçonnait que des armes, de l'alcool ou de la drogue s'y trouvaient. Elle appelle donc chez Rajiv et dit à ses parents que celui-ci ne peut plus porter le kirpan à l'école. Elle précise qu'elle invoque un règlement du gouvernement qui permet à la direction d'une école d'interdire aux élèves le port du kirpan sur la propriété de l'école.

Au cours de sciences sociales, la classe étudiait la Charte canadienne des droits et libertés. Tout le monde se mit donc à se demander s'il y avait déni des droits garantis par la Charte.

Les élèves dont le casier avait été fouillé affirmèrent que leur droit « à la protection contre les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives » avait été violé.

Rajiv estima faire l'objet de discrimination fondée sur la religion et affirma que Hugues commettait un crime par ses blagues qui fomentaient intentionnellement la haine.

Quand les enseignants suggérèrent à Hugues de cesser ses plaisanteries, il rétorqua que l'on tentait de brimer son droit à la liberté d'expression.

L'enseignant des sciences sociales décida qu'il fallait tenir un débat sur tous ces droits et il pria toutes ses classes d'y participer. Il invita également un avocat de l'endroit à juger le débat et un journaliste à en faire le compte rendu.

Alors la directrice annula le débat, affirmant qu'il lui incombait d'assurer la sécurité et l'éducation des élèves et que le niveau de tension était si élevé, que le débat risquait d'être l'étincelle qui mettrait le feu aux poudres.

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