Rescol canadien
Plan de leçon

Réfléchir à la violence:
La violence envers les enfants

La version de Charles

Charles chiffonna son examen et en fit une boule qu'il lança violemment vers la poubelle dans le coin de la pièce.

« Charles, cria M. Hébert, ramasse immédiatement ce papier, sinon tu sors de la classe! »

« Je m'en fiche! », grogna Charles.

Jacques observa curieusement Charles ramasser ses livres et sortir de la pièce, le dos voûté, après avoir repoussé du pied son examen en passant. Il y avait dix ans que Charles et Jacques se connaissaient, depuis l'âge de six ans. Avant cette année, ils étaient toujours ensemble, avaient de bons résultats scolaires et participaient aux activités de l'école. Mais cet automne, Charles échouait dans toutes les matières, sauf en mathématiques. Il séchait souvent des cours et ne se présentait presque jamais aux activités de l'école.

Ce n'est que la fin de semaine suivante que Jacques revit Charles. Celui-ci était assis au casse-croûte du centre commercial, sirotant une boisson gazeuse. « Salut! Comment ça va? », dit Jacques.

« La vie est dégueulasse », grogna Charles.

« Qu'est-ce qui va pas? »

« Je vais tuer le salaud que ma mère a épousé. »

« Stéphane?, demanda Jacques, je croyais que tu l'aimais bien? »

« Je l'aimais avant qu'ils se marient l'été dernier. Ensuite, tout d'un coup, ç'a été comme s'il était le roi et qu'on était tous ses serviteurs. Je déteste la façon dont ma mère fait tout ce qu'il veut. »

« Ça embête pas ta mère que ce soit lui qui mène la barque après qu'elle a été seule si longtemps? »

« Pas du tout. Elle est amoureuse! Elle ferait n'importe quoi. En plus, elle a peur de
lui. »

« Ça doit être pénible! »

« Pas pour longtemps, dit Charles, je vais lui régler son compte. Je sais pas comment, mais je vais le faire. »

« Si ça va vraiment aussi mal, pourquoi tu quittes pas la maison? »

« À cause de ma petite sœur Catherine. »

« Ta mère le laisserait pas faire de mal à Catherine. »

« C'est ce que tu crois. »

« Qu'est-ce que tu veux dire? », demanda Jacques.

« Laisse tomber. Mais souviens-toi de notre conversation quand tu entendras dire que je lui ai réglé son compte. »

« Dis-moi ce qui va pas. Tu peux pas lui régler son compte même si tu le détestes. »

« Je suis tellement furieux! »

« Qu'est-ce qui s'est passé? »

« J'ai manqué l'école un jour et je suis rentré chez moi de bonne heure. Catherine était malade, elle avait le rhume. Je pense que j'avais un pressentiment. Je suis entré sans faire de bruit. »

« Et alors? »

« Et alors, il était dans la chambre de Catherine. Elle n'avait pas de pantalons. Et il enfonçait ses doigts sales dans son corps. Il était tout excité. Tu parles! Avec une enfant de sept ans! »

« Le salaud! Qu'est-ce que t'as fait? »

« Qu'est-ce que tu penses? Je lui ai sauté dessus. Mais il est tellement costaud qu'il a réussi à me jeter dehors par la porte d'en avant. Je pensais qu'il m'avait cassé le dos.

J'ai attendu que ma mère arrive du travail et je lui a tout raconté, mais elle ne m'a pas cru, ou elle n'a pas voulu me croire. Il lui a raconté qu'il m'avait frappé avec sa ceinture parce que j'avais séché des cours et que je voulais seulement me venger. »

« Pourquoi t'avertis pas la police? »

« Tu penses qu'ils vont me croire quand ma propre mère ne me croit même pas? »

Jacques réfléchit à un autre moyen. « Écoute, dit-il, je sais que les types de ce genre peuvent aller en prison. Parles-en à la conseillère, Mme Joubert. Elle est gentille. Elle va le signaler à la police. Ils vont la croire, elle. Ils vont s'arranger pour que Catherine quitte la maison. »

« Ouais! Le mois prochain! Quand il aura fait tout ce qu'il veut parce qu'il sera furieux que j'aie parlé de cette histoire! »

« Non, aujourd'hui, je te dis. Ils travaillent vite dans ces cas-là. »

« Catherine et moi, on sera envoyés dans une famille d'accueil et je ne reverrai probablement jamais ma mère ni ma sœur. C'est pas très bon comme idée! »

« Ça se passera pas comme ça, reprit Jacques, et au moins, ça vous permettrait à toi et à Catherine de vous éloigner de ce salaud. »

« Peut-être », dit Charles.

« Écoute Charles, il faut que tu commences quelque part. Parle à Mme Joubert. Elle doit savoir ce que peuvent faire les tribunaux. Toi et Catherine, vous n'êtes pas les seuls à qui ce genre de choses arrivent. »

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